
Mon travail explore les espaces intermédiares : interstice, faille, fente, seuil, porte, fenêtre, couloir, porche, nid, bogue, membrane…
Ce sont des épaisseurs, des zones liminaires où l’espace n’est ni ouvert ni fermé, mais en suspension.
Ce sont des lieux de passages et d’échanges, de retenues, de tensions.
Des questionnements qui me permettent de mieux habiter ce monde:
Comment un espace liminaire peut-il devenir un lieu à part entière?
Quelles formes peuvent prendre les frontières lorqu’elles ne séparant plus mais relient?
Comment le simple fait de franchir un seuil transforme-t-il notre manière de percevoir, d’habiter ou de ressentir l’espace?
EXPOSITIONS INDIVIDUELLES ET COLLECTIVES









Il est des vides dont elle fait des pleins. De ce qui n’est plus, il en est encora. Spectre apaisant de l’absence. La vie palpite dans un délié de silences organiques. En creux, l’ombre portée, les gousses vides et le tissage aimant de fêlures. En plein, l’empreinte des nids, les gouttes de temps et les chapelets de cellules qui s’éprouvent.
Comment l’absence devient matière, comment le mouvement se fige en lumière ou comment la blessure perle et, dans une salve réparatrice, se fait t e r r e .
Rai poudré de neige
Goûte les sourdes forêts
Ivres de nos songes
Marie Coussa
A quelques dizaines de mètres de l’atelier d’Albane, se trouve un magnifique parc de frênes dont certains sont centenaires. Dernièrement, une soixantaine d’entre eux ont été abattus. Un silence soudain a envahi le travail de l’artiste. Aujourd’hui, elle nous donne à voir une peinture de la disparition et de la résilience.
On pénètre dans les bois d’Albane comme on retrouve le chemin de l’enfance, avec timidité, angoisse peut-être, émerveillement assurément. En réalité, ces arbres viennent plutôt à vous, puissants et délicats à la fois : au premier regard, vous avez été aspiré par la clarté des troncs autant que par les aplats sombres qui les enveloppent. Et derrière ce fatras sublimé, l’éclat lumineux d’un rayon de soleil, aussi indispensable que précaire.
L’aventure attend là, dans ces triptyques silencieux, entière de ses vides et de ses pelins, rompant avec les limites du réel. Si les arbres nus disparaissent derrière le flou des couches de peintuire successives ou le tissage fin du bas de nylon noir, c’est pour laisser intacte l’atmosphère feutrée du bois, intact le goût lointain de l’enfance.
Tout dans ce travail artistique autour de l’arbre, nous rappelle la puissance de nos vies, du temps de l’enfance à celui de l’oubli. Mais il nous interroge surtout sur notre rapport au vivant.
Mariette Nodet
Sous les branches
Dans des paysages bousculés par une lumière pigmentée
Se révèle l’enthousiasme du peintre éclairé
Les cadrages serrés installent une proximité complice
Que son regard déterminé invite à mettre en perspective
Ce sont les arbres qui soutiennent la Terre et le vent la fait tourner, dit-elle
Alors l’œuvre s’anime en sa présence et s’étire jusqu’au ciel
La matière subtile s’impose en reliefs mais sans contour
Dans un geste courageux, fluide mais sans détour
Feuillages denses, empreintes d’écorces en touches franches
L’artiste brosse les airs, sincère, en respirant sous les branches
Malgré l’orage, malgré la nuit, la lumière fidèle refait toujours surface
A la mort, à la vie, Albane tient ses promesses et peint l’espace qui nous rapproche.
Pierre Berger

Après 6 ans d’études en écoles d’art (Arts Plastiques et Beaux Arts), Albane a eu la chance, dit-elle, de rencontrer en 2005 l’artiste Claude Blanc-Brude, qui l’a aidée à prendre confiance et à libérer son écriture picturale.
Elle réalise aussi régulièrement des carnets de voyage et obtient le 1er prix du festival du carnet de voyage à Grenoble en 2003.
Albane profite de ses voyages pour croquer, esquisser ou peindre le vivant comme autant de traces de ses expériences… fenêtres ouvertes sur un univers côtoyé, témoignages de la rencontre avec l’autre qu’elle affectionne tout particulièrement.
Peindre
« Peindre », vise à puiser dans le réel, l’énergie du monde et essayer de la transposer sur la toile… C’est se positionner dans la nature, prendre conscience de notre place, notre être et ce qui nous entoure. En quelque sorte, il s’agit de se connecter au monde et faire partie d’un tout.
Je peins le plus souvent dehors, en plein air…. Dans un 1er temps, j’accueille, observe, écoute, ressens. Mes pieds sont nus, bien ancrés dans le sol.
Je sens petit à petit les vibrations de la terre monter en moi, l’énergie m’envahir, me saisir, me traverser.
Je sens l’air circuler autour de moi, il me caresse les joues, j’en prends conscience. Et soudain, l’air prend une couleur.
Lentement, l’œil travaille et s’aiguise, les teintes s’affinent et se multiplient. A ce moment-là, je ne « vois » plus mais je « regarde « .
C’est alors que peindre devient une véritable nécessité : Je « dois » peindre. Le rythme s’accélère, tout se précipite et crépite en moi, me prend, me bouscule. Mon corps vibre et je dois jeter sur la toile des coups de larges brosses, les touches se succèdent. Ça coule, ça gicle. Je griffe, je creuse, je jette. J’essuie, je racle, je pose et je juxtapose.. .
Là, j’ai tout donné et je me sens épuisée.
Alors je prends le temps de regarder ce qui est posé sur la toile et j’accepte ce qui vient de sortir de moi…
Petit à petit doit naître un lent travail de reconstruction.
Il s’agit de retrouver un ensemble harmonieux, où le vide entre en écho avec le plein, où les couleurs se répondent les unes aux autres.
Je cherche, je construis, je structure.
Les troncs des arbres, vertigineux axes verticaux, rythment le paysage, et soulignent le lien permanent entre la terre et le ciel.
Je cherche à retrouver dans ma peinture le flux et la teneur des énergies que j’ai pu moi-même ressentir, le mouvement de l’air qui circule autour de ces arbres…cet air qui bercé par la lumière, ronge la forme d’un tronc jusqu’à en faire disparaître la ligne d’un trait de contour.
Albane Paillard-Brunet